Est-ce que j'accumule, ou est-ce que je collectionne ?
Disons-le tout de suite : cette question ne se tranche pas en lisant un article, et surtout pas en cochant une liste. Aucun texte, aucun questionnaire trouvé en ligne, aucune photo comparée à la vôtre ne peut dire ce qui se passe chez vous. Ce qui suit sert seulement à mieux comprendre pourquoi la question se pose, et à repérer le moment où elle mérite d'être posée à quelqu'un dont c'est le métier.
D'où vient la question, en général
Rares sont ceux qui se la posent seuls, un dimanche, sans raison. Elle arrive presque toujours par un déclencheur extérieur : une remarque d'un proche, un déménagement qui oblige à tout sortir, une visite qu'on a repoussée deux fois, une émission de télévision qui met mal à l'aise, ou un moment de gêne en ouvrant une porte devant quelqu'un.
Ce contexte compte, parce qu'il oriente la réponse avant même qu'on cherche. Une phrase blessante entendue à Noël ne prouve rien : elle dit seulement que deux personnes ne s'accordent pas sur la quantité de choses acceptable dans un logement.
Ce que cet article ne peut pas faire
On croise parfois l'expression « syndrome de Diogène », employée comme une étiquette qu'on colle à quelqu'un dont l'appartement est encombré. Ce n'est pas un usage correct : il s'agit d'un terme clinique, décrit dans un contexte médical précis, qui ne se pose pas de l'extérieur et encore moins par un texte comme celui-ci. Le mot existe, il est utile aux professionnels, et il n'est pas un adjectif.
Il en va de même pour tous les auto-tests que l'on trouve : compter des points, s'attribuer une note, se ranger dans un niveau. Ces formats donnent l'impression d'une réponse et ne produisent qu'un chiffre sans validité, qui rassure à tort quand il est bas et fait peur à tort quand il est haut. Nous n'en proposerons donc aucun.
Une collection a une forme, une accumulation n'en a pas encore
Il existe tout de même une différence que les personnes concernées décrivent souvent d'elles-mêmes, et qui n'est pas un diagnostic mais une description.
Une collection a un contour. Elle porte sur quelque chose de défini : des vinyles, des timbres, des figurines d'une série, des éditions d'un même auteur, du matériel photo argentique. Elle a un ordre interne, même approximatif. Son propriétaire sait à peu près ce qu'elle contient, peut en parler, sait ce qui lui manque et ce qui n'en fait pas partie. Elle occupe une place qui lui a été donnée, pas une place qu'elle a prise.
Une accumulation, elle, n'a pas de bord. Elle n'est pas plus mauvaise moralement — beaucoup d'accumulations sont faites d'objets parfaitement utiles, gardés par prudence ou par attachement. Simplement, personne n'en connaît le contenu, elle n'a pas d'endroit à elle, et elle grandit dans les interstices : le couloir, le dessus des meubles, la deuxième chambre, la cave.
Beaucoup de gens ont les deux chez eux, et c'est le cas le plus fréquent.
Le volume n'est pas un jugement moral
Un logement habité contient des choses. Une famille avec des enfants en contient beaucoup. Un artisan, un musicien, une personne qui coud ou qui bricole possède du matériel que personne d'autre ne comprend.
Il n'y a pas de quantité juste, et la comparaison avec des intérieurs vus en photo est trompeuse : ces pièces ont été préparées pour l'image, personne n'y vit ainsi. Posséder beaucoup n'est ni une faute ni un symptôme.
Le moment où il ne s'agit plus de rangement
Il existe en revanche des situations où la question change de nature, et où elle ne relève plus du tri ni de l'organisation. Elles se reconnaissent à leurs conséquences concrètes, pas à un volume.
- La sécurité n'est plus assurée : passages bloqués, porte ou fenêtre qui ne s'ouvre plus, risque d'incendie ou de chute, issues encombrées.
- L'hygiène est atteinte : nourriture, déchets ou humidité s'accumulent, ou une pièce d'eau n'est plus utilisable.
- Les relations en souffrent durablement : quelqu'un ne reçoit plus personne, ou se retire de ses proches à cause du logement.
- Vous en souffrez vous-même de façon prolongée : sortir un objet provoque une angoisse réelle, ou l'état du logement occupe vos pensées presque tous les jours.
Dans ces cas-là, en parler à un professionnel a du sens : votre médecin traitant, qui est le point d'entrée le plus simple, ou un psychologue. Les modalités d'accès, d'orientation et de prise en charge diffèrent d'un pays et d'une région à l'autre ; les informations valables pour vous sont celles de votre médecin, de votre caisse d'assurance maladie et des services de votre commune. Le point important n'est pas d'obtenir une étiquette, c'est de ne pas rester seul avec quelque chose de lourd.
Si c'est quelqu'un d'autre qui vous inquiète
Vider le logement d'une personne pendant son absence, ou sous la pression d'un ultimatum, se retourne presque toujours contre celui qui l'a fait, et souvent contre la relation. Ce qui a été enlevé sans accord est vécu comme une perte de plus, et la confiance qui aurait permis d'avancer ensemble disparaît.
Ce qui aide davantage : parler de ce qui vous inquiète concrètement plutôt que de la quantité, accepter d'aller lentement et par petits périmètres, ne toucher qu'à ce qui a été décidé ensemble, et, si la sécurité est en jeu, chercher un appui extérieur plutôt que de porter cela seul.
Ce qui reste vrai dans tous les cas
Aimer les objets n'est pas un défaut de caractère. Garder quelque chose sans savoir pourquoi n'est pas une maladie. Une pièce encombrée ne dit rien de la valeur de la personne qui y vit.
Si vous voulez avancer, vous pouvez commencer par ce qui ne vous coûte rien : dégager les passages, s'occuper de ce qui est réellement du déchet, donner ce qui vous encombre sans vous manquer, par exemple à une association ou à une ressourcerie près de chez vous. Et vous avez parfaitement le droit de vous arrêter au milieu, ou de ne pas commencer aujourd'hui.