Un inventaire de vos affaires qui tient dans la durée
Un inventaire complet de tout ce que contient un logement ne survit pas à trois semaines : il faudrait le mettre à jour à chaque achat, et personne ne le fait. Celui qui tient est partiel et volontairement incomplet. Il ne décrit pas ce que vous possédez, il répond aux deux ou trois questions que vous vous posez réellement — où est cette chose, en ai-je déjà une, qu'est-ce qu'il y avait dans ce carton.
Pourquoi les inventaires exhaustifs meurent
Le problème n'est pas la saisie initiale, qui est longue mais faisable un week-end pluvieux. C'est l'entretien. Une liste exhaustive est fausse dès le lendemain, et une liste fausse ne se consulte plus : au premier objet introuvable alors qu'il y figure, vous cessez d'y croire, et vous avez raison.
Un inventaire partiel n'a pas ce défaut. S'il ne couvre que la cave et deux placards, il reste exact pour la cave et ces deux placards, et c'est tout ce qu'on lui demande. Renoncer à l'exhaustivité n'est pas un compromis, c'est la condition pour que la liste existe encore dans un an.
La bonne unité, c'est le contenant
Noter des objets un par un est ce qui rend l'exercice interminable. Notez plutôt des contenants : un carton, une caisse, une valise, une étagère. Une ligne par contenant, trois à six mots dedans, et un numéro écrit au marqueur sur le contenant lui-même, sur deux faces, parce qu'on ne sait jamais dans quel sens il sera rangé.
« Caisse 4 — décorations de Noël, guirlandes, sapin » vaut mieux qu'un relevé de trente-deux articles, parce que cette ligne sera encore vraie dans deux ans. Une photo du carton ouvert, prise avant de le fermer, complète l'entrée sans coûter une minute.
Cette méthode a une limite qu'il vaut mieux accepter tout de suite : elle vous dit dans quel carton chercher, pas où se trouve exactement l'objet. C'est déjà l'essentiel du gain.
Les endroits où ne pas savoir coûte quelque chose
Commencez par ce qui est hors de vue. La cave d'immeuble, souvent une cave grillagée où l'on descend avec la minuterie et sans grande envie de s'attarder, est l'endroit type : mal éclairée, encombrée, remplie de cartons dont plus personne ne connaît le contenu. Un garde-meuble est encore plus coûteux à ignorer, puisqu'il se paie tous les mois.
Viennent ensuite les consommables achetés en double par méconnaissance du stock : piles, ampoules, cartouches, produits d'entretien, sacs et filtres de rechange pour l'aspirateur. Et enfin ce que vous avez prêté : une ligne « prêté à untel, en avril » évite à la fois un rachat et une gêne.
Écrivez les mots que vous chercherez
Un inventaire ne se lit pas, il se fouille. Écrivez donc les mots qui vous viendront à l'esprit au moment de la recherche, et pas ceux qui décrivent l'objet correctement. « Le truc pour la fuite sous l'évier » est une meilleure entrée que la désignation technique exacte de la pièce, si c'est ainsi que vous y penserez.
Peu importe le support : un carnet, une note sur le téléphone, un tableur. Ce qui compte est qu'il soit consultable quand vous êtes debout dans un magasin, et pas seulement quand vous êtes assis chez vous.
Assurance, papiers, objets de valeur
Pour ce qui touche à l'assurance, la règle utile est de ne pas suivre une règle trouvée au hasard d'une lecture. Ce que votre contrat exige comme preuve en cas de sinistre, et pour quelles catégories de biens, figure dans le contrat lui-même ; en cas de doute, votre assureur vous répondra plus vite et plus sûrement que n'importe quel article. Photos, factures conservées et numéros de série vont dans le bon sens, mais leur valeur dépend de ce que votre contrat prévoit.
Même prudence pour les papiers administratifs : les durées de conservation ne sont pas les mêmes selon les documents, les pays et les situations, et elles évoluent. Le site de votre commune, votre mairie ou l'administration concernée sont les sources à consulter. Ce qu'un inventaire peut faire, en revanche, c'est vous dire dans quel classeur et dans quelle pièce se trouve le dossier.
Mettre à jour au moment où c'est gratuit
Une liste ne se tient pas grâce à des séances de mise à jour, qui n'ont jamais lieu. Elle se tient aux moments où vous avez déjà les mains dans les affaires : quand vous descendez un carton à la cave, quand vous remontez les affaires d'hiver, quand vous rangez après un déménagement, quand vous achetez quelque chose de cher.
À ces moments-là, ajouter une ligne coûte quinze secondes. En dehors de ces moments, cela coûte une soirée entière, et c'est précisément pour cette raison que la soirée n'arrive jamais.
Quand ça marche
Vous ne connaîtrez pas par cœur le contenu de votre logement, et ce n'est pas le but. Le signe que la liste fonctionne, c'est que vous descendez à la cave une fois au lieu de trois, que vous n'achetez pas la deuxième rallonge, et que la question « on l'a rangé où ? » se règle par une recherche de quelques secondes au lieu d'une fouille du samedi après-midi.