Comment arrêter d'acheter en double
On n'achète pas deux fois le même objet par étourderie. On l'achète parce qu'au moment précis où la décision se prend — debout dans un rayon, ou devant un écran à vingt-trois heures — l'information sur ce qu'on possède déjà n'est pas disponible. Le doublon est un problème d'information, pas de mémoire ni de sérieux, et il se traite là où il se produit.
Le moment de l'achat n'est pas chez vous
C'est toute la difficulté. Vos placards savent parfaitement ce qu'ils contiennent, mais ils ne sont pas là quand vous hésitez devant les piles ou les rouleaux d'adhésif. Vous faites alors la seule chose raisonnable dans le doute : vous prenez, parce qu'un objet en trop coûte quelques euros et qu'un objet manquant coûte un second déplacement.
Le raisonnement est correct à chaque fois. Répété pendant deux ans, il produit un tiroir de piles et quatre rouleaux d'adhésif.
Ce sont toujours les mêmes catégories
Les doublons ne se répartissent pas au hasard dans un logement. Ils se concentrent sur les objets petits, peu chers, rangés à plusieurs endroits et achetés sans y penser : piles et ampoules, câbles et chargeurs, adhésif et colle, vis et chevilles, produits d'entretien, épices et bouillons, gel douche et dentifrice, collants noirs, chaussettes, cartes mémoire, sacs de congélation.
Regardez la vôtre : il y en a probablement trois ou quatre, pas trente. Traiter ces quelques catégories règle l'essentiel du sujet, et il n'est pas nécessaire d'avoir un système pour tout le reste.
Une seule adresse par catégorie
La cause matérielle la plus fréquente est simple : la catégorie est rangée à deux endroits. Des piles dans le tiroir de la cuisine et d'autres dans le meuble de l'entrée, des médicaments dans la salle de bain et d'autres dans un sac, des outils dans le placard et d'autres à la cave.
Tant qu'il y a deux endroits, aucun des deux ne donne une réponse fiable, et le doute suffit à déclencher l'achat. Rassembler une catégorie en un seul point fait davantage, à lui seul, que n'importe quelle liste. L'effet est d'ailleurs immédiat : vous découvrez le stock réel en le rassemblant, et il est presque toujours plus important que vous ne pensiez.
Une photo vaut mieux qu'un inventaire
Une fois la catégorie rassemblée, prenez-la en photo, tiroir ouvert. Cela prend deux secondes et cela vous suit dans votre poche. Devant le rayon, la photo répond à la question mieux que n'importe quel effort de mémoire.
Pour les consommables, une simple ligne écrite quelque part fonctionne aussi : la marque et le format des sacs d'aspirateur, la référence de l'ampoule du couloir, le type de piles de la télécommande, le format des dosettes de la machine à café. Ce sont ces détails-là qui font qu'on achète « pour être sûr ».
Les lots, les promotions et le prix de la place
Acheter en quantité fait baisser le prix à l'unité et monter le prix au mètre carré. Dans un studio ou un appartement sans cave, douze rouleaux d'essuie-tout ne sont pas une économie : ce sont douze rouleaux à loger, et souvent l'origine d'un troisième endroit de rangement — donc de nouveaux doublons.
La question à se poser devant un lot n'est donc pas « est-ce moins cher », mais « où est-ce que je le mets, entier, sans avoir à le disperser ».
Le doublon acheté parce qu'on n'a pas trouvé
Il existe une variante particulièrement agaçante : vous possédez l'objet, vous le savez, vous ne le trouvez pas, vous en rachetez un, et le premier réapparaît le mois suivant. Ici le problème n'est pas l'achat mais le rangement, et racheter ne le résoudra jamais.
Quand cela se produit deux fois avec le même type d'objet, cela vaut la peine de lui donner une place unique et évidente, quitte à ce qu'elle soit moins jolie. Les ciseaux accrochés en évidence dans la cuisine seront toujours plus utiles que les ciseaux parfaitement rangés qu'on ne retrouve pas.
Ce qu'on fait de ceux qui sont déjà là
Gardez ce qui vous servira dans un délai crédible et faites sortir le reste plutôt que de le stocker « pour plus tard ». Les produits d'entretien et d'hygiène non entamés intéressent les associations qui distribuent des colis, comme le Secours populaire ou la Croix-Rouge, et un appel suffit à savoir ce qui est accepté en ce moment. Le petit matériel et les outils en double partent bien sur Le Bon Coin ou dans une ressourcerie, et se donnent encore plus vite à un voisin de palier.
Pour les médicaments en double ou périmés, la pharmacie est le point de retour ; les modalités exactes dépendent de l'endroit, et votre pharmacien vous les indiquera. Enfin, si un doublon vous rassure — une paire de ciseaux à chaque étage, deux chargeurs pour ne pas les déplacer — gardez-le en connaissance de cause. Un double choisi n'est pas un doublon subi.
Quand ça marche
Vous n'aurez pas une maison où chaque objet existe en un seul exemplaire. Vous aurez surtout moins de moments d'hésitation dans un magasin, un tiroir de piles revenu à une taille raisonnable, et la sensation, assez agréable, de savoir ce que vous avez chez vous.