Les objets qu'on n'utilise jamais et qu'on garde quand même
Un objet qu'on n'utilise pas et qu'on n'arrive pas à faire partir n'est pas un seul problème, mais plusieurs, mélangés dans le même carton. On ne garde pas une raquette de tennis pour les mêmes raisons qu'un service de porcelaine hérité ou qu'un appareil photo cher acheté sur un coup de tête. Nommer la raison prend dix secondes et détermine tout le reste, parce que chaque raison a une sortie différente.
Quatre raisons qui se ressemblent de loin
« Ça peut servir » : l'objet est gardé pour un usage futur hypothétique. « J'ai payé cher » : l'objet est gardé parce que s'en séparer donnerait raison à une erreur. « On me l'a offert » ou « c'était à mon père » : ce n'est pas l'objet qu'on garde, c'est un lien. Et enfin « il faudrait le réparer », qui est une décision reportée déguisée en projet.
Ces quatre situations n'ont presque rien en commun, et c'est pour cela que les conseils généraux sur le désencombrement échouent dessus. Il n'existe pas une question unique à se poser devant tous ces objets.
« Ça peut toujours servir »
Cette phrase mérite qu'on la prenne au sérieux, parce qu'elle a souvent raison. La bonne question n'est pas de savoir si l'objet pourrait resservir un jour — presque tout peut resservir un jour — mais ce qu'il en coûterait de ne pas l'avoir le jour où le besoin se présente.
Pour une perceuse qu'on emprunte au voisin en cinq minutes, pour une boîte de vis qu'on rachète pour quelques euros, pour un meuble d'appoint qu'on retrouve d'occasion sans difficulté, le coût de ne pas l'avoir est faible. Pour un outil spécifique introuvable, ou pour une pièce qui va avec un appareil que vous possédez encore, il est élevé — et là, garder est la bonne réponse, pas la réponse paresseuse. Ce calcul se fait objet par objet, et il ne donne pas les mêmes résultats selon que vous vivez dans une maison avec un garage ou dans un studio avec une cave grillagée.
L'objet cher dont on ne se sert pas
L'argent est déjà dépensé. Il l'a été le jour de l'achat, et garder l'objet au fond d'un placard n'en récupère pas un centime : cela ajoute seulement de la place perdue à la dépense.
C'est souvent la catégorie où la revente vaut vraiment le détour, parce qu'il s'agit d'objets qu'on cherche par marque et par modèle : un instrument, un vélo, un appareil photo, une console, du matériel de sport identifiable se vendent correctement sur Le Bon Coin, à condition de photographier en lumière du jour et de dire honnêtement ce qui manque. Si l'idée de négocier vous pèse, le don à une association vous débarrasse du même poids sans les messages ni les rendez-vous manqués. Personne n'est obligé d'en tirer le dernier euro.
Les cadeaux et ce qui vient de la famille
C'est la catégorie la plus lourde, et celle où il faut le moins se presser. Un objet reçu d'une personne qu'on aime n'est pas un objet ordinaire, et se forcer à le faire partir pour respecter une méthode se paie plus tard en regrets.
Quelques gestes aident tout de même. Photographier l'objet avant qu'il parte conserve presque tout ce à quoi on tenait, surtout quand le souvenir est visuel. Garder un seul élément d'un ensemble — une tasse plutôt que le service de douze — laisse la place à un usage réel. Et proposer les autres pièces aux membres de la famille avant de les sortir change complètement la manière dont la décision se vit : un service qui part chez une cousine ne se vit pas comme un service jeté.
Pour ce qui vient d'une succession, prenez le temps qu'il faut. Rien n'oblige à trancher dans l'année, et un carton clairement identifié vaut mieux qu'une décision prise trop tôt.
Le carton en attente, honnêtement
La méthode du carton daté fonctionne, à une condition : que la date soit inscrite sur le carton et notée dans un agenda, et que le carton ne descende pas à la cave. Un carton à la cave n'est pas une décision reportée, c'est une décision annulée sans le dire, parce que plus rien ne vous y ramènera.
Posez-le plutôt en haut d'une armoire, ou dans un endroit que vous croisez chaque semaine. Le jour venu, s'il n'a pas été ouvert une seule fois, la réponse est déjà donnée et vous n'avez plus à la chercher.
Où cela part réellement
Emmaüs, les ressourceries et les recycleries reprennent une grande variété d'objets, souvent en dépôt libre pendant les heures d'ouverture ; pour les meubles volumineux, beaucoup proposent un enlèvement sur rendez-vous. Le Secours populaire, la Croix-Rouge et les associations locales prennent surtout du textile, du linge et de la vaisselle en bon état. Les bornes à textiles acceptent aussi le linge usagé, à condition qu'il soit propre, sec et en sac fermé.
Ce qui n'a plus aucun usage possible relève de la déchèterie de votre commune, avec des horaires et parfois une carte d'accès à prévoir, ou de la collecte des encombrants, qui se demande le plus souvent à l'avance auprès de votre mairie ou sur le site de votre commune. Et si vous pensez à une boîte à dons dans le hall de l'immeuble, parlez-en d'abord au syndic : les parties communes obéissent à des règles de sécurité qui ne dépendent pas de vous.
Ce que vous avez le droit de garder
Un logement habité contient des objets sans fonction, et ce n'est pas un défaut. La différence utile ne passe pas entre garder et jeter, elle passe entre garder par choix et garder parce que la question reste ouverte. Trois objets gardés délibérément pèsent beaucoup moins lourd qu'un seul dont vous n'avez toujours pas décidé.